S’écouter en couple : ça s’apprend !

Ecoute Israël ! , cet appel précède, dans l’Ancien Testament, les deux plus grands commandements de l’Amour ! En effet, comment aimer et servir sans écouter ? En quoi consiste la véritable écoute ? Et quels sont les points d’attention pour la vie de couple ?

A Dieu qui l’a fait roi, Salomon a demandé, comme bien le plus précieux, un cœur attentif, littéralement un cœur qui écoute.Ecouter est donc avant tout une attitude. C’est mettre de côté tout ce qu’on aurait envie de dire et être attentif à l’autre de tout son cœur, de tout son esprit et de tout son corps.

De tout son esprit suppose de rejeter tout a priori et tout jugement, et, surtout dans un couple, d’éviter les je le connais, je sais déjà ce qu’il/elle va dire : l’autre reste un mystère insaisissable qui évolue au fil du temps.  C’est aussi mettre de côté les c’est comme moi…, ne pas tomber dans le piège des conseils ou des solutions. L’autre demande simplement à être entendu, reçu et reconnu.

De tout son corps requiert une posture d’accueil qui passe par un regard attentif. La petite Julie dit à sa maman qui l’écoute en cuisinant : écoute-moi avec les yeux ! Plus subtile, écouter c’est aussi rester attentif aux silences de l’autre, aux changements de ses comportements, au ton de sa voix, à ses expressions non verbales qui peuvent aussi me parler. Car on ne peut pas ne pas communiquer[1].

Malgré les silences, l’écoute vraie reste une attitude active. Il s’agit, en effet, de reformuler ce que l’autre vient de me dire ; de déceler au-delà des mots les sentiments qui l’habitent et manifestent certains de ses besoins satisfaits ou frustrés. Je peux alors lui exprimer mon empathie en lui reflétant le plus fidèlement possible les sentiments et les besoins entrevus dans son partage. Une relation de cœur à cœur se tisse et permet à la personne écoutée de mieux se comprendre et de se sentir pleinement respectée.

Mais on ne peut parler d’écoute de l’autre, sans aborder l’écoute de soi-même. Si je suis conscient.e de mon ressenti corporel, de mes émotions, de mes pensées, je peux alors prendre de la distance avec ce que je vis, mieux le gérer et le contenir afin de rester disponible à l’autre. Et si, à un moment donné, mon état ne me permet pas cette ouverture à l’autre, je peux simplement lui demander d’attendre un peu…

En couple, l’écoute est un défi particulier parce que le lien d’amour qui nous unit suscite des émotions qui peuvent se révéler très fortes surtout si la parole de l’autre me concerne : grande joie, mais parfois aussi colère ou déception. Et ces deux dernières peuvent m’entraîner à réagir maladroitement ou à dire des mots qui dépassent ma pensée. Lorsque des sujets sensibles doivent être abordés, choisir le lieu et le moment opportuns favorisera une écoute attentive. A ce niveau, comment ne pas relever la richesse des devoirs de s’asseoir sous le regard de Dieu ?!

L’écoute vraie n’est pas innée. Elle s’apprend et s’approfondit. Suivre en couple une session à ce sujet peut être une merveilleuse opportunité de nourrir notre amour. Plusieurs organismes offrent cette chance.[2]

Car l’écoute éveille la Vie. Comme dit Christian Bobin : Être écouté, c’est être remis au monde, c’est exister, c’est comme si on vous redonnait toutes les chances d’une vie neuve !

Myriam Denis

Psychothérapeute conjugale et familiale

Le Chêne de Mambré


[1] Paul Watzlawick

[2] https://imago-belgique.be/ http://sortirdelaviolence.org/ https://cnvbelgique.be/agenda-des-formations/

Se protéger des tentations de division au sein du couple

« Chasse au loin l’ennemi qui nous menace, hâte-toi de nous donner la paix », dit-on dans le Veni creator spiritus. Quel serait donc, au sein du couple, cet ennemi que l’Esprit Saint nous aiderait à combattre ?

L’ennemi, ou Satan, c’est le diviseur. Il rôde, toujours prêt à s’immiscer insidieusement entre les conjoints. Il cherche à menacer la fidélité et la fécondité du couple. Dans la Genèse, le serpent convainc Adam et Eve que Dieu les trompe : ils peuvent devenir « comme des dieux ». Ils succombent à son raisonnement et se découvrent nus parce qu’ils ont cru aux désinformations du tentateur.

Dans notre monde actuel, quelles seraient les affirmations trompeuses, les croyances qui menacent le bonheur des couples et appellent à la vigilance ? À bien y regarder, elles ne sont jamais très loin car elles sont véhiculées par la culture ambiante, notre éducation, nos blessures… Nous en relevons sept :

  1. Il faut être le meilleur, chercher à avoir raison, au lieu de soigner le lien. Dans cet esprit de compétition omniprésent aujourd’hui, le couple est tenté de vivre certaines différences non comme une richesse et une complémentarité mais comme une menace. Si les deux conjoints partagent les mêmes pensées, tout va bien ; si des divergences surgissent, le risque de lutte de pouvoir survient. Alors que désaccord ne signifie nullement désamour…
  2. Mieux vaut exprimer ses pensées que ses émotions : Notre société cartésienne a longtemps valorisé la pensée et le jugement au détriment des émotions. Exprimer son ressenti peut être considéré comme une faiblesse.  Le « tu, te, toi » associé à une critique supplante souvent un « je » qui exprimerait simplement ses sentiments et ses besoins.
  3. Ma famille d’origine et ses rituels, c’est sacré. Chaque partenaire vient d’une famille qui a ses valeurs, ses traditions et ses croyances. Si un membre du couple s’accroche à celles-ci, il va immanquablement se confronter à l’autre qui ne les partage sans doute pas de la même façon. Chacun aura besoin de lâcher-prise et de créativité pour envisager de nouveaux rituels communs au couple.
  4. L’autre va combler ce qui me manque : Cette attente, parfois très forte, révèle des blessures de l’ego.  Vivre dans l’illusion que l’autre comblera ce qui nous manque amène souvent amertume et désenchantement…
  5. Je dois faire un maximum de choses le mieux possible pour être aimé. L’éducation ou des expériences du passé ont pu semer cette conviction chez certains.  Ils ont du mal à dire « non », ils s’épuisent au travail et en couple. Alors que l’amour vrai concerne l’être et non le faire.
  6. Le bonheur ne peut pas toujours durer : Eh oui, l’auto-sabotage existe !  Quand le bonheur est là, certains ont tellement peur de le perdre qu’ils préfèrent inconsciemment s’en détacher eux-mêmes pour moins souffrir !  Et cela parfois jusqu’à quitter eux-mêmes leur partenaire plutôt que le voir les abandonner …
  7. Je peux avoir tout, le meilleur et vite : La culture de l’immédiateté et de la consommation nourrit l’illusion de la toute-puissance.  L’individu de nos sociétés est tenté de ne plus choisir, de vouloir tout prendre : travail à temps plein et lucratif, enfants, amis, activités diverses, pouvant entraîner épuisement et burn-out. Nous nous trompons sur l’infini : il réside en effet dans l’être, non dans le faire ou l’avoir.

Face à ces sept fausses croyances, nous sommes dès lors invités à un retour à l’intériorité pour invoquer les sept dons de l’Esprit :

  • La sagesse, l’intelligence et la science pour prendre conscience de nos croyances et écarter celles qui ne sont pas porteuses de vie ; pour adopter le regard de Dieu et scruter au-delà des réalités les signes du Royaume.
  • Le conseil et la force pour avoir le courage de vivre libre, d’aller à contre-courant, de prendre le temps de vivre et de contempler, de choisir la simplicité, la bienveillance, de chercher à être heureux plutôt que d’avoir raison (Marshall Rosenberg) !
  • La piété et la crainte de Dieu (affection filiale) pour accueillir la vulnérabilité, vivre dans la confiance et la gratitude.

Il s’agit de revenir à soi et à Dieu en soi pour réaliser que le bonheur naît d’un consentement au réel, à notre finitude déjà habitée par le Royaume, l’infini de l’Amour divin, tout en se rappelant cette parole fondamentale : seul ce qui est vécu dans l’amour est éternel.

Myriam Denis

Psychothérapeute conjugale et familiale

Le Chêne de Mambré


La différenciation au service du lien…

Lien… Attachement ou entrave ? Affinité ou enchaînement ? Tous nous cherchons à être en lien, à vivre ou recréer des relations positives ! Et pourtant…

Pourtant, combien de tensions, de conflits, de cancers (« quand serre… ») issus de liens abîmés, trompés ? Combien de dépressions, suicides engendrés par des ruptures de liens ?…  Nous avons tant de mal à détricoter les mécanismes sous-jacents de ce qui perturbe nos relations, à comprendre les attitudes de l’autre et bien souvent à nous comprendre nous-mêmes.

Le sujet fait couler beaucoup d’encre. Nous voudrions ici nous focaliser sur un élément essentiel pour soigner le lien : celui de l’unité dans la diversité.

La Trinité est l’essence même de notre foi : trois entités distinctes en une : Le Créateur, le Fils et l’Esprit qui les unit. Le couple est le sacrement de cette Trinité : l’homme, la femme et le couple lui-même créé par le lien l‘amour qui les unit. La famille composée du père, de la mère et de l’enfant reflète à leur façon cette image trinitaire. Des composantes différentes qui, tout en étant unies demandent à vivre en tant que telles.

La vie de ces communautés de personnes n’est possible que si la recherche d’unité s’associe à la différenciation de ces membres. Un couple laissant peu d’opportunités à chacun des partenaires d’être lui-même risque d’imploser. Une famille « très famille » qui entrave la liberté de ses membres dans ses choix et ses prises de distance se prépare paradoxalement à son éclatement.

Accepter la prise de distance et donner du temps au temps permettra à ceux qui s’éloignent de se sentir respectés et peut-être de revenir un jour. Le père du fils prodigue l’avait bien compris ![1]

Chaque groupe, couple, famille a besoin d’inspiration et d’expiration, de rapprochement et d’éloignement. C’est une question de souffle et d’équilibre. L’éloignement permet en effet à chacun de se recentrer, de se réaligner dans sa globalité (de refaire du lien en soi) ; de prendre conscience de la cohérence entre ce qu’il vit, ce qu’il ressent, ce qu’il pense ou souhaite et de se réajuster si nécessaire.

Parfois, dans un couple, l’un a besoin de distance, l’autre de rapprochement et ces aspirations apparemment contradictoires peuvent être mal comprises. Si Paul cherche à prendre plus de temps seul pendant une certaine période, Alix peut craindre de le perdre. Elle risque alors de s’accrocher à lui, de lui demander d’être présent tous les jours, de lui poser mille questions sur ses allées et venues. Paul, qui a besoin de solitude, sera alors poussé à prendre davantage ses distances incitant Alix à s’accrocher davantage… Un cercle vicieux s’installe. Il s’agit du paradoxe de la passion[2].

Seul le dialogue permet d’éviter ou de sortir de ce piège en exprimant ses sentiments (ex : étouffement pour l’un, inquiétude pour l’autre) et ses besoins (ex : distance pour lui, présence et sécurité pour elle) tout en tenant compte de ceux de l’autre.

Il y a aussi des liens si abîmés que les mots ne conviennent plus ou ne suffisent plus. Certaines personnes tellement peu respectées dans leur particularité n’osent plus s’exprimer. Une aide extérieure peut alors se révéler nécessaire pour permettre de comprendre les silences, de parler en son propre nom, d’oser la différence non plus comprise comme une menace mais comme une richesse et une condition de lien souple et solide !

Myriam Frys-Denis

Thérapeute conjugale et Familiale

Chêne de Mambré


[1] Le livre de Marion Muller Colard, Les Grandissants aborde ce sujet de façon très intéressante. Ed. Labor Et Fides, 2021, 88p,

[2] Delis, D. – Phillips C. Le paradoxe de la passion ; les jeux : de l’amour et du pouvoir. Ed Robert Laffont, 2007, 412p